🔮 État actuel : DĂ©molition

⌚ Temps d'explo : 6h

đŸ§—â€â™‚ïž DifficultĂ© d'accĂšs : 2/5

👍 Note de l'explo : 4/5

Bienvenue dans cette exploration de l’agglo R, un des nombreux vestiges du bassin sidĂ©rurgique lorrain…

 

Introduction

 

AprĂšs une premiĂšre tentative Ă©chouĂ©e en avril 2019 (site inactif mais sous haute surveillance), j’avais mis cette adresse au rebut pour, peut-ĂȘtre, la ressortir plus tard.

Suite Ă  la rencontre en ce dĂ©but d’annĂ©e 2021 avec Rocco, un jeune passionnĂ© de la sidĂ©rurgie, le sujet de l’agglo R est arrivĂ© sur le tapis. Quelques mois plus tard, il m’annonce que le feu vert Ă  Ă©tĂ© donnĂ© pour la dĂ©molition des deux cheminĂ©es du site. Ils ont annoncĂ© le dynamitage pour le 11 juin Ă  11h30. Mince, j’ai intĂ©rĂȘt Ă  rĂ©unir une Ă©quipe rapidement avant qu’ils commencent Ă  tout dĂ©molir. Malheureusement, impossible pour moi de me libĂ©rer avant la disparition des cheminĂ©es
 Tant pis. J’essaie de voir le bon cĂŽtĂ© des choses : leur chute devrait crĂ©er une brĂšche dans la clĂŽture, nous facilitant le passage.

Ainsi, notre exploration est programmĂ©e pour le 13 juin, deux jours aprĂšs la chute des cheminĂ©es. C’est miser gros que de nous y rendre si tĂŽt aprĂšs le dynamitage. D’un autre cĂŽtĂ©, personne ne s’attendra Ă  nous voir venir. Nous verrons bien


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Un peu d’histoire

 

Tout commence en 1881, lorsque l’allemand Karl Spaeter lance un projet de construction d’un complexe sidĂ©rurgique de 7 hauts-fourneaux qui seront mis en service progressivement jusqu’en 1902. En 1903, l’usine mĂ©tallurgique est constituĂ©e de 7 hauts-fourneaux, 2 745 hectares de mines de fer, deux aciĂ©ries, plusieurs laminoirs, une cimenterie, une usine Ă  gaz alimentant une centrale thermique et tous les services annexes : moulins Ă  scories, briquerie, fours Ă  chaux, fonderie, ateliers gĂ©nĂ©raux et laboratoire.

Le complexe sidérurgique, photo fin des années 60

 

La transformation du minerai de fer se fait alors par grillage dans des fours Ă  cuve de façon Ă  obtenir un minerai friable et Ă©viter son agglomĂ©ration. Or, ces fours Ă  griller s’avĂ©raient ĂȘtre des machines peu productives. C’est alors en 1906 que Dwight & Llyod, deux amĂ©ricains, commencent des essais sur la premiĂšre machine d’agglomĂ©ration. Ce procĂ©dĂ©, bien que rĂ©volutionnaire, met beaucoup de temps Ă  se gĂ©nĂ©raliser, notamment Ă  cause des guerres ; il fait son apparition en France aprĂšs 1945. Les usines d’agglomĂ©ration deviennent alors des installations clĂ©s dans la chaine de l’acier. C’est lĂ -bas que le minerai de fer, tout juste extrait, est triĂ©, traitĂ© et conditionnĂ© avant d’ĂȘtre envoyĂ© vers les hauts-fourneaux pour ĂȘtre fondu.

Le procĂ©dĂ© d’agglomĂ©ration permet en outre, Ă  l’inverse du grillage, d’agglomĂ©rer le minerai de fer avec d’autres minĂ©raux plus ou moins riche en fer. Cela permet ainsi de recycler une partie des dĂ©chets des diverses installations sidĂ©rurgiques (laitiers, boues, poussiĂšres, etc.) et de les rĂ©incorporer Ă  la chaine.

L’usine d’agglomĂ©ration, devant les hauts-fourneaux, photo dĂ©but annĂ©es 70

 

On construit alors l’agglo R aux alentours de 1962 afin de survenir aux besoins des hauts-fourneaux voisins. Elle connaitra plusieurs modernisations au cours de sa vie comme l’ajout d’une deuxiĂšme cheminĂ©e. Mais, moins de 40 ans plus tard, en 1998, alors que les hauts-fourneaux se sont progressivement arrĂȘtĂ©s, ce sont les deux derniers, le 5 et le 7, qui s’éteignent Ă  leur tour. L’agglo R dĂ©bute alors une nouvelle vie en envoyant son agglomĂ©rĂ© aux hauts-fourneaux du complexe sidĂ©rurgique voisin. Finalement, alors que ceux-ci finissent par s’éteindre, eux-aussi, en 2011, l’agglo R se voit contrainte de s’arrĂȘter Ă©galement. Son dĂ©mantĂšlement dĂ©bute alors le 11 juin 2021 par la destruction des deux cheminĂ©es.

 

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Images satellite du site en 2012 et 2019

 

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L’exploration de l’agglo R

 

Nous sommes le dimanche 13 juin, nous partons trĂšs tĂŽt pour pĂ©nĂ©trer les lieux de nuit et dĂ©couvrir sa splendeur au lever du soleil. Une bonne distance de marche nous sĂ©pare de notre objectif ; vous vous doutez qu’on n’empruntera pas le portail principal


En arrivant Ă  l’agglo R, j’avais vu juste : les carcasses des cheminĂ©es ont complĂštement dĂ©foncĂ© le grillage. C’est journĂ©e portes-ouvertes ! Nous restons tout de mĂȘme prudents, il fait encore bien nuit, rien n’est Ă©clairĂ© et une montagne de dĂ©bris mĂ©talliques jonche le sol. Nous arrivons Ă  la porte d’un grand hangar qui devait servir de stock. Ça y est, nous y sommes ! Mais cela me parait bien trop facile.


Comme il fait encore nuit, nous commençons Ă  explorer discrĂštement Ă  la torche en attendant l’arrivĂ©e du soleil. Nous dĂ©cidons alors de monter tout en haut du bĂątiment afin d’avoir une belle vue sur le complexe lorsqu’il fera jour. AprĂšs avoir gravi quelques escaliers, nous arrivons dans la salle de la machine d’agglomĂ©ration ; et, en face, les bureaux


Puis, finalement, le soleil se leva en nous dĂ©voilant l’immensitĂ© de cette salle. Mais je prĂ©fĂšre attendre encore un peu plus de lumiĂšre pour faire des photos de l’intĂ©rieur. Nous ne sommes pas pressĂ©s ; du moins pour le moment.

 

Le soleil arrive !

 

La hauteur nous offre une premiĂšre vue sur le parc d’homogĂ©nĂ©isation puis sur les Ă©normes filtres Ă©lectrostatiques, entre le bĂątiment principal de l’agglo R et le bĂątiment des soufflantes.

On dĂ©cide donc de continuer cette exploration, un peu au hasard, dans ce dĂ©dale d’escaliers et de passerelles. Nous reviendrons Ă  la salle principale Ă  la fin de la visite, pour profiter du soleil de midi.

Ici, le magasin par lequel nous sommes arrivés plus tÎt.

On peut apercevoir entre deux tĂŽles d’un convoyeur, l’immense bĂątiment de l’aciĂ©rie MITTAL, non loin de lĂ . Son exploration est dispo ici !

On continue alors la visite, direction les roues-pelles.

Ici, les rangĂ©es de bandes transporteuses qui emmenaient le minerai stockĂ© vers l’usine.

Nous voici enfin au parc d’homogĂ©nĂ©isation ! C’est ici que le minerai provenant de la mine Ă©tait stockĂ© sous forme de tas. On peut voir ci-dessous le « stacker », cette machine jaune qui prĂ©parais les tas.

 

Le parc d’homogĂ©nĂ©isation de l’agglo R

 

Puis nous arrivons en face des roues-pelles qui permettaient de reprendre le minerai depuis les tas pour l’envoyer, par les bandes transporteuses, vers la machine d’agglomĂ©ration.

Le « stacker ».

Retour maintenant vers le bñtiment principal de l’agglo R.

La lumiÚre filtrant à travers les imperfections de la toiture avec la poussiÚre volante sous nos pas crée une atmosphÚre assez fantastique !

 

Le bĂątiment de la machine d’agglomĂ©ration

 

La piùce maütresse de l’agglo R : la machine Dwight-Lloyd.

Retour maintenant aux bureaux. J’ai toujours eu un faible pour les salles de contrîle.

 

Les bureaux

 

Merci Ă  @robintqs d’avoir posĂ©. Tu joues si bien ce rĂŽle !

Nous quittons le bùtiment central pour aller voir les soufflantes qui alimentaient autrefois les cheminées.

 

Les soufflantes de l’agglo R

 

Merci encore Ă  Rocco qui m’envoie rĂ©guliĂšrement des photos du dĂ©mantĂšlement du site, qui avance, tristement, Ă  grands pas


À la mĂ©moire de l’agglo R.

À suivre…

 

Rejoignez la discussion 8 Commentaires

  • Patrick dit :

    Superbe reportage qui change des photos Ă  la c… faites par de petits guignols avec un gsm et lampe de poche.
    Ici c’est de l’explo avec un texte, du contenu, une explication de l’histoire et quelque part un hommage aux milliers de travailleurs qui ont peinĂ© sur ces lieux 🙂
    Bravo !

    • SunsetUrbex dit :

      Un Ă©norme merci, Patrick, pour ce commentaire encourageant !! Je suis ravi que vous ayez pu ressentir cet hommage Ă  travers mes Ă©crits car c’est lĂ  exactement le message que je voulais transmettre.
      Bonne continuation !

  • Ingelaere dit :

    Incroyablement bien rĂ©alisĂ© pour laisser de quoi enrichir les documentations de la sidĂ©rurgie alors en plein boum ! . Mais le temps a rattrapĂ© ces vestiges et les riches industriels tels que MITTAL pour ne pas les nommer (pĂšre et fils ) ont dĂ©cidĂ© , eux qui ne connaissaient rien en sidĂ©rurgie , de tout dĂ©truire au bout de trois ou quatre dĂ©cennies ce qui Ă©tait le fleuron de la sidĂ©rurgie Française !!!! VoilĂ  qu’avec de l’argent , Ă©normĂ©ment d’argent on peut dĂ©cider de faire ailleurs que dans son Pays l’ INDE !! Un grand bravo Ă  vous qui avez rĂ©alisĂ© ce document exceptionnel !! et merci de nous le partager ….

    • SunsetUrbex dit :

      Merci beaucoup pour votre soutien 😄! C’est bel et bien cette triste tournure que prend la sidĂ©rurgie française qui me pousse Ă  essayer de sauvegarder ce patrimoine Ă  travers la photographie… Tant qu’il en est encore temps.
      Au plaisir de vous revoir ici !

  • Julien dit :

    Magnifique article encore une fois !
    Les photos sont trĂšs belles et l’historique du site est finement racontĂ©.
    Le lien entre les sites et leurs vĂ©cu/passĂ© est fondamental. Et tu t’en sors Ă  merveille.
    On sens que tu essayes de nous transmettre, ce que toi tu as vécu (sentiments, impressions) pendant ces quelques heures.

    Bon courage pour la suite !

  • Fabrice dit :

    Magnifique reportage que je viens de découvrir ! TrÚs belles photos bien documentées, bravo les gars ! Vous prenez des risques pour nous faire découvrir ou redécouvrir toute une technologie et un savoir-faire extraordinaire en voie de disparition. Continuer comme cela, mais faites bien attention à vous.

    • SunsetUrbex dit :

      Bonjour Fabrice,
      Merci beaucoup pour ton soutient !
      C’est ce genre de paroles qui nous encouragent et tu as parfaitement compris notre but !
      A plus tard sur le site, j’espĂšre 😉

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