🔴 État actuel : Démolition

⌚ Temps d'explo : 5h

🧗‍♂️ Difficulté d'accès : 3/5

đź‘Ť Note de l'explo : 5/5

Bienvenue dans cette exploration de la centrale arsenic, une centrale thermique désaffectée perdue entre les époques…

 

Introduction

 

Ceci est ma première visite dans une centrale thermique. Je n’ai aucune idée de ce qui se trouve à l’intérieur, aucune idée de ce que je vais y voir. J’avais entrevu quelques photos qui avaient fuité mais je me suis interdit de les rechercher à nouveau. Je voulais que la surprise reste entière.

Spoiler : je vais absolument adorer cette visite et c’est un peu ainsi que je vais devenir accroc à ces industries complexes où courent des kilomètres de tuyaux dont je n’ai aucune idée de l’utilité. Je pense que bon nombre d’entre vous (dédicace à ma chère maman), resterez de marbre en voyant, peut-être pour la première fois, ce qui se trouve à l’intérieur d’une centrale. Je le comprends. Mais moi, je trouve ça fascinant… Ce qui me fascine, c’est cette démesure : la taille des halls, la taille des tuyaux, la taille des machines ; et surtout, ce que l’Homme peut construire.

Deuxième visite d’un week-end chargé en industrie Belge, après une interpellation à « Heavy Metal » (article disponible prochainement). Les centrales étant des sites de haute criticité, vous comprendrez mon choix de ne pas donner de détails quant à l’accès à cet endroit. L’important étant que, peu importe le type de visite, je ne déroge jamais aux règles de l’urbex…

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Un peu d’histoire

 

La centrale arsenic est construite peu après la fin de la seconde guerre mondiale, début des années 50, afin de répondre aux besoins croissants de la région en électricité. Les principales consommatrices étant les grosses industries, notamment de métallurgie, celles-ci avaient besoin d’une alimentation sûre, continue et indépendante pour éviter tout arrêt de production.

Les tranches 1 et 2, archives ~1955

 

La centrale, dans sa première version opérationnelle, est composée de deux tranches au charbon de 55MW chacune. Ainsi, la centrale intègre dans son cycle de combustion les résidus des nombreux charbonnages alentours. 15 ans plus tard, deux tranches supplémentaires de 130MW chacune, une au charbon et une au fioul lourd, sont construites puis mises en service. Et enfin, une cinquième tranche de 300MW au gaz naturel est démarrée début des années 70. La centrale génère alors une puissance nominale de 670MW. Les unités 1 et 2 sont alors rénovées et adaptées pour fonctionner au gaz. La centrale arsenic devient alors la centrale la plus puissante de Wallonie.

Vue sur la centrale et son parc Ă  charbon, archive ~2000

 

Après plus de 50 années de fonctionnement, les tranches 1, 2 et 3 sont définitivement arrêtées alors que les crédits attribués à leur maintenance sont suspendus, notamment à causes des nouvelles chartes écologiques liées à la pollution, devenues trop exigeantes pour ces installations vieillissantes.

En 2005, un projet inĂ©dit est lancĂ©. La tranche n°4, qui fonctionnait d’abord au fioul, puis au gaz, puis au charbon, est modifiĂ©e pour fonctionner aux pellets de bois (biomasse). Source d’énergie moins polluante et produite localement, le projet a le vent en poupe et les travaux dĂ©butent rapidement. La turbine de 130MW voit alors sa puissance rĂ©duite Ă  80MW. Les pellets provenant des usines locales sont ensuite acheminĂ©s jusqu’Ă  la centrale via pĂ©niche et camion.

Cependant, un problème de taille se révèle rapidement : les pellets produits localement sont destinés à un usage domestique et leur qualité est insuffisante pour faire fonctionner correctement la chaudière de la centrale arsenic. Elle est donc contrainte de s’approvisionner en partie en pellets industriels provenant de pays étrangers, notamment des États-Unis, ce qui remet en question les atouts écologiques du projet. Malgré tout, les avantages certains de la biomasse par rapport au charbon en termes d’émissions de CO2 et de traitement des déchets permettent de maintenir la tranche en activité.

Le convoyeur Ă  biomasse, archive ~2010

 

Pendant ce temps, la tranche 5, arrêtée puis maintenue en réserve pour palier aux fortes demandes, est définitivement arrêtée en 2013. La centrale de 670MW n’en produit alors plus que 80… Parallèlement, en 2015, débute le chantier d’évacuation des cendres et de dépollution du terril situé de l’autre côté de la colline. Est alors construite une bande transporteuse de 1,7km de long vers la centrale (visible sur la vue satellite de 2022) afin de transférer les cendres pour les évacuer par bateau vers des usines de valorisation.

C’est finalement en 2020 que l’exploitant décide d’arrêter la dernière tranche, alors que les « certificats verts » qui avaient permis à la centrale de survivre 15 ans supplémentaires grâce à la biomasse arrivent à expiration.

Vue sur le site, archive 2021

 

Un ultime projet de reconversion du site est lancé pour la construction d’une nouvelle centrale au gaz combiné. Mais ce projet est finalement rejeté alors que l’air ambiant de cette région hyperindustrialisée est déjà trop pollué ; ainsi la construction d’une nouvelle centrale représenterait une menace pour la santé publique.

C’est donc un an plus tard, en 2021, que les travaux de démolition débutent. En 2024, le site ne sera plus qu’un terrain vague. Mais les locaux se souviendrons des 3 cheminées de 150m qui dominaient autrefois le paysage…

Démolition des tranches 1 et 2 et, en arrière plan, de la première cheminée, archive juin 2022

 

En juin 2022, l’entreprise de dĂ©molition a terminĂ© la dĂ©pollution l’ancien parc Ă  charbon. Les tranches 1 et 2 n’existent plus et une des cheminĂ©es a dĂ©jĂ  bien diminuĂ©. Rendez-vous dans quelques mois pour assister au dynamitage…

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Images satellite du site en 2009 et 2022

 

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L’exploration de la centrale arsenic

 

Nous pénétrons dans la centrale. J’ai carrément le palpitant… Nous ouvrons chaque porte avec une grande précaution. Puis, je crois rêver, les lumières sont encore allumées ; et ça, c’est à la fois génial et inquiétant.

 

Les boilers

 

Pour simplifier, une centrale se divise toujours en deux grosses parties. La partie du bâtiment la plus haute : les « boilers », qui regroupe toutes les installations du processus de production de vapeur d’eau sous pression (broyeurs à charbon, chaudières, condenseurs, etc.) ; et la partie la plus basse : la « salle des turbines », qui regroupe les installations du processus de production d’électricité (groupes turbo-alternateurs, transformateurs, salles de contrôles, etc.).

Nous avons pris l’habitude maintenant d’explorer en commençant par le haut. Cela permet d’avoir une oreille attentive à tous les bruits alarmants qu’il peut y avoir en bas avant de descendre. Nous commençons donc cette exploration par les boilers.



Les chaudières, suspendues au plafond, constituent le tronc de la partie haute des boilers. Ensuite, c’est beaucoup, beaucoup de tuyaux… Ci-dessus, en face, la chaudière des tranches 1 & 2.





Avant de descendre plus bas, une porte donne accès au toit de la salle des turbines, de quoi admirer la taille du bâtiment et des cheminées !





Merci @el_celestinoo pour la pose.

La cheminée de la tranche 5.

Retour à l’intérieur, l’étage du dessous nous laisse entrevoir la salle des turbines qui à l’air incroyable !

Petit détour par la coursive du bâtiment de 1950 faisant face à la chaudière des tranches 1 & 2. L’immense baie vitrée est grandiose.




Descente au rez-de-chaussée.



 

L’usine Ă©lectrique de la centrale arsenic

 
 
 




 

Les tranches 1 & 2, années 50

 
 
 












 

Les tranches 3 & 4, années 60

 
 
 











 

La tranche 5, années 70

 
 
 

L’ambiance dans la salle de contrĂ´le est… spĂ©ciale. Il règne une odeur de cafĂ©, une dosette est encore humide dans la Senseo. Des documents sont datĂ©s de la veille sur le bureau, comme si tout s’Ă©tait figĂ© le temps de notre visite…





 

Le sous-sol de la centrale arsenic

 
 
 


Ci-dessus, la tour de broyage des pellets, servant à les transformer en poudre qui sera ensuite pulvérisée sous pression dans la chaudière, exactement comme le charbon.
















Toujours aussi lent, à photographier la moindre machine, je crois que mes collègues m’attendent… Il est temps de partir. Encore quelques photos à la volée sur le retour et nous disons au revoir à la centrale Arsenic.







C’est souvent difficile de quitter un lieu que l’on a beaucoup apprécié visiter. Mais pour celui-ci, ça l’est d’autant plus car nous savons que ce sera notre seule visite, et qu’inévitablement, ces bâtiments ne seront bientôt plus.

 

Ă€ suivre…

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